I. 1789-1792 : la fin de l'Ancien Régime et l'échec de la monarchie constitutionnelle
AttentionCette partie n'est pas dans les notes photographiées. Elle est complétée d'après le programme, car l'évaluation (sujet 2) porte dessus.
1. Ce que la Révolution détruit en 1789
DéfinitionMonarchie absolue de droit divin : le roi tient son pouvoir de Dieu. Il concentre tous les pouvoirs : il fait la loi, la fait appliquer et rend la justice. Louis XVI règne depuis 1774. Il a succédé à son grand-père Louis XV.
DéfinitionSociété d'ordres : la société est divisée en trois ordres : clergé, noblesse, tiers état. Les deux premiers ont des privilèges (exemptions d'impôts, droits seigneuriaux, emplois réservés).
Causes de la crise : faillite financière de la monarchie, contestation des privilèges, idées des Lumières, mauvaises récoltes et hiver très rude de 1788-1789 (pain cher).
| Date | Événement |
|---|
| 5 mai 1789 | Ouverture des États généraux à Versailles |
| 17 juin 1789 | Les députés du tiers état se proclament Assemblée nationale : la souveraineté passe à la nation |
| 20 juin 1789 | Serment du Jeu de paume : donner une Constitution à la France |
| 14 juillet 1789 | Prise de la Bastille |
| Nuit du 4 août 1789 | Abolition des privilèges |
| 26 août 1789 | Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (DDHC) |
| 2 novembre 1789 | Les biens du clergé sont mis à la disposition de la nation |
2. Une nouvelle société et une nouvelle conception de la nation
PrincipeSouveraineté nationale : le pouvoir appartient à la nation, c'est-à-dire à l'ensemble des citoyens, et non plus au roi.
- Les hommes naissent libres et égaux en droits (DDHC, art. 1) : fin des ordres et des privilèges. On passe d'une société d'ordres à une société d'individus égaux en droits.
- Droits naturels : liberté, propriété, sûreté, résistance à l'oppression (art. 2).
- Égalité devant la loi et devant l'impôt, accès aux emplois selon les talents, séparation des pouvoirs.
AttentionLimites : le vote est censitaire (seuls les citoyens « actifs », qui paient un impôt, votent ; les autres sont « passifs ») ; les femmes sont exclues de la vie politique ; l'esclavage est maintenu dans les colonies.
AttentionNe confonds pas la société (ordres, privilèges, égalité des droits) et le régime politique (monarchie absolue, monarchie constitutionnelle, République).
3. 1790-1792 : des années charnières
| Date | Événement |
|---|
| 1790 | Création des départements ; Constitution civile du clergé (12 juillet), qui divise les catholiques ; fête de la Fédération (14 juillet) : la nation unie autour du roi |
| 20-21 juin 1791 | Fuite du roi, arrêté à Varennes : la confiance est rompue |
| 17 juillet 1791 | Fusillade du Champ-de-Mars contre des manifestants qui demandent la déchéance du roi |
| Septembre 1791 | Constitution de 1791 : monarchie constitutionnelle. Le roi garde l'exécutif, une Assemblée élue au suffrage censitaire vote les lois. Olympe de Gouges écrit la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne |
| 20 avril 1792 | Début de la guerre contre l'Autriche |
| 10 août 1792 | Prise des Tuileries : le roi est suspendu (le jeune Bonaparte y assiste) |
| 20 septembre 1792 | Victoire de Valmy ; lois sur l'état civil et le divorce |
| 21-22 septembre 1792 | La Convention, élue au suffrage universel masculin, abolit la monarchie : proclamation de la Ière République (an I) |
AttentionCes années ne sont pas « calmes » : on passe de la monarchie absolue à la monarchie constitutionnelle (1791), puis à la République (1792). C'est pour cela qu'elles sont charnières.
II. 1792-1799 : la Première République, de la radicalisation à la République conservatrice
1. La radicalisation de la Révolution (1793-1794)
DéfinitionRadicalisation : la Révolution va plus loin et devient plus violente. Elle prend des mesures d'exception et utilise la force contre ses ennemis, réels ou supposés.
- 21 janvier 1793 : exécution de Louis XVI.
- Menaces : guerre contre une coalition européenne, soulèvement de la Vendée (mars 1793), crise économique.
- 2 juin 1793 : les Montagnards, appuyés par les sans-culottes parisiens, éliminent les Girondins.
- 24 juin 1793 : Constitution de l'an I, précédée d'une nouvelle Déclaration des droits : le but de la société est le bonheur commun, l'égalité est citée en premier. Elle n'est jamais appliquée.
2. La Terreur (septembre 1793 – juillet 1794), apogée de la radicalisation
DéfinitionLa Terreur : gouvernement d'exception (Comité de salut public, Robespierre) qui suspend les libertés et utilise la peur et la répression pour défendre la République. C'est l'apogée de la radicalisation.
- 17 septembre 1793 : loi des suspects. Être soupçonné d'être un ennemi de la Révolution suffit pour être arrêté. Les suspects peuvent être jugés par le Tribunal révolutionnaire et condamnés à mort.
- 4 février 1794 : abolition de l'esclavage dans les colonies.
- Avril 1794 : Danton est guillotiné.
- Été 1794 : Grande Terreur (loi du 22 prairial, juin 1794) : procès accélérés, nombreuses exécutions.
- Les victoires militaires (Fleurus, 26 juin 1794) éloignent la menace : la Terreur n'a plus de raison d'être.
- 9 thermidor an II (27 juillet 1794) : Robespierre est arrêté, puis guillotiné le lendemain.
AttentionLa loi des suspects n'est pas « de Danton » : elle est présentée par le député Merlin de Douai. Danton est lui-même victime de la Terreur.
3. La République conservatrice (1794-1799)
- Fin de la Terreur : les mesures d'exception sont supprimées.
- Répression des anciens Montagnards et des sans-culottes.
- 1795 : nouvelle Constitution (an III) qui crée le Directoire (1795-1799).
DéfinitionLe Directoire : régime où le pouvoir exécutif est confié à 5 directeurs et le pouvoir législatif à deux assemblées. But : empêcher qu'un seul homme ou une seule assemblée concentre le pouvoir.
| Institution | Rôle |
|---|
| 5 directeurs (pouvoir exécutif) | Nomment les ministres, font exécuter les lois, dirigent l'armée et la police |
| Conseil des Cinq-Cents | Propose les lois |
| Conseil des Anciens | Vote les lois |
| Environ 30 000 électeurs | Élisent les membres des deux Conseils |
| Environ 6 millions de citoyens | Choisissent les électeurs |
PropriétéLe suffrage est censitaire et à deux degrés : les citoyens qui paient un impôt désignent des électeurs plus riches, qui élisent les députés. 6 000 000 ÷ 30 000 = 200 : environ 1 électeur pour 200 citoyens.
ExempleComparaison faite en cours : dans la démocratie athénienne, le pouvoir militaire était confié à 10 stratèges, dont Périclès. Comme le Directoire, c'est un pouvoir collégial (partagé entre plusieurs hommes).
Le Directoire est instable : il est menacé à la fois par les royalistes et par les néo-jacobins, et s'appuie de plus en plus sur l'armée. En octobre 1795 (13 vendémiaire an IV), Bonaparte écrase une insurrection royaliste à Paris.
III. Du Consulat (1799-1804) à l'Empire (1804-1814) : comment Napoléon Bonaparte fonde-t-il un régime autoritaire qui conserve certains acquis révolutionnaires ?
Idée cléNapoléon met fin à la Révolution, mais il se voit comme son héritier. Il garde un décor de démocratie (constitutions, plébiscites), mais termine la Révolution au prix d'une dictature.
A. Bonaparte, un général de la Révolution
| Date | Étape |
|---|
| 1769 | Naissance à Ajaccio (Corse) |
| 1785 | Officier d'artillerie |
| 10 août 1792 | Assiste à la prise des Tuileries |
| 1793 | Siège de Toulon : son premier exploit, il devient général de brigade |
| Octobre 1795 | Général en chef de l'armée de l'Intérieur (à Paris) |
| 2 mars 1796 | Général en chef de l'armée d'Italie |
| 1796-1797 | 1re campagne d'Italie (victoire de Rivoli, 15 janvier 1797) |
| 1798-1799 | Campagne d'Égypte : général en chef de l'armée d'Orient |
B. Le Consulat (1799-1804) : stabiliser la France
- 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) : coup d'État de Bonaparte contre le Directoire.
- Constitution de l'an VIII : c'est la 3e constitution de la Ière République (après celles de 1793 et 1795). Il y a trois consuls, mais le Premier consul, Bonaparte, détient l'essentiel du pouvoir. Le peuple l'approuve par plébiscite.
- 1800 : 2e campagne d'Italie (passage du col du Grand-Saint-Bernard, 15-20 mai ; victoire de Marengo, 14 juin).
- 2 août 1802 : Bonaparte devient consul à vie, après un plébiscite.
DéfinitionPlébiscite : vote où le peuple répond par oui ou par non à une question posée par le dirigeant. Il sert surtout à faire approuver son pouvoir.
DéfinitionMasses de granit : expression de Bonaparte pour désigner les institutions solides et durables sur lesquelles il veut fonder la puissance du pays.
| Domaine | Mesures |
|---|
| Le pays s'enrichit | Banque de France (1800) ; franc germinal (1803), dont la valeur ne change pas jusqu'en 1914 : 111 ans sans inflation |
| Une France centralisée | Le préfet (1800), nommé directement par Bonaparte, représente l'État dans chaque département |
| Maintien des acquis de 1789 | Code civil (1804) : libertés individuelles, égalité devant la loi, droit de propriété |
| De nouvelles élites | Lycées (1802), Université ; rien pour l'école primaire. Légion d'honneur (1802), d'où sortira la noblesse d'Empire |
| Réconciliation nationale | Concordat (1801) avec le pape : fin des querelles religieuses ; Bonaparte nomme les évêques et contrôle l'Église |
| Un pays pacifié | Paix avec l'Autriche (1801) et l'Angleterre (paix d'Amiens, 1802) : la France est en paix pour la première fois depuis 1792, mais pas pour longtemps |
AttentionC'est un régime autoritaire : presse censurée, opposants surveillés par la police, élections sans vrai choix. Le Code civil maintient l'égalité entre les hommes, mais soumet la femme mariée à son mari. Et un acquis révolutionnaire est supprimé : l'esclavage est rétabli en 1802 (il avait été aboli en 1794).
C. L'Empire (1804-1814)
| Date | Événement |
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| 21 mars 1804 | Le Code civil est adopté |
| 18 mai 1804 | Napoléon Ier est proclamé Empereur des Français |
| 2 décembre 1804 | Sacre de Napoléon à Notre-Dame de Paris |
| 2 décembre 1805 | Victoire d'Austerlitz contre les Autrichiens et les Russes : Napoléon au sommet |
| 1806 | Blocus continental contre la Grande-Bretagne |
| 1808 | Création de la noblesse d'Empire |
| 1811 | Apogée : la France compte 130 départements |
| 1812 | Campagne de Russie : la Grande Armée est en difficulté, début de la fin |
| 1814 | 1re abdication, exil à l'île d'Elbe |
| Mars 1815 | Retour de Napoléon : les « Cent-Jours » |
| 18 juin 1815 | Défaite de Waterloo face aux Britanniques et aux Prussiens |
| 22 juin 1815 | 2e abdication, exil à Sainte-Hélène |
| 5 mai 1821 | Mort de Napoléon à Sainte-Hélène |
Les conquêtes diffusent en Europe des acquis de la Révolution (Code civil, fin des privilèges). Mais l'occupation provoque des résistances (Espagne à partir de 1808) et réveille le sentiment national des peuples conquis.
AttentionL'Empire dure de 1804 à 1814, puis brièvement pendant les Cent-Jours en 1815. Il y a deux abdications : 1814 (île d'Elbe) et 1815 (Sainte-Hélène).
Bilan : Napoléon se voit comme l'héritier de la Révolution. Il garde l'égalité civile, la propriété et la fin des privilèges, mais il supprime la liberté politique.
IV. Bilan : la France, « musée des constitutions »
L'expression est de Pierre Joxe (notes et évaluation). Entre 1789 et 1815, la France change sans cesse de régime :
- Monarchie : absolue, puis constitutionnelle (Constitution de 1791).
- République : Convention (Constitution de l'an I, 1793, jamais appliquée), Directoire (an III, 1795), Consulat (an VIII, 1799, modifiée en 1802).
- Empire (1804).
Depuis 1791, la France a connu une quinzaine de constitutions : les monarchies, les républiques et les empires en ont tous eu une.